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Les bichromes doivent leur existence à la rencontre du regard, la consistance ne peut pas se réduire au dispositif qui supporte les événements. Il n’y a pas de “monde” virtuel isolé, tout est là.
281 000 milliards de bichromes en réserve:
Au rythme de ces quelques secondes par tableau, 80 millions d’années sont nécessaires pour faire le tour de la collection. (Est-ce dire le sérieux d’un tel projet..?)
D’où viennent ces quantités?
Une couleur “RVB” combine trois fréquences lumineuses: Rouge, Vert et Bleu, chacune offrant ici 256 intensités possibles. La fenêtre dispose donc d’une palette de plus de 16 millions de couleurs dont on ne distingue pratiquement pas les variations.
Mettre cela au carré donne un vaste espace de durée.
Le programme des bichromes détermine chaque couleur parmi celles possibles en fixant aléatoirement les valeurs R, V, et B.
Le rafraîchissement est fixé à 9 secondes, ce qui laisse tout juste le temps de regarder et nous place dans ce contexte d'instabilité, dans le sens d’un enchaînement.
En principe le processus du hasard explore toutes les combinaisons, toutes les façons d’enchaîner les écrans sans connaître de limite temporelle, ni de cycle autre que son rythme (nos horloges).
Il n’est pas possible de revenir en arrière, ni d’envisager la suite.
L’événement est à tous les coups une sorte de comparaison par l’œil, avec un effet de description minimum d’espace — un côté semblant plus proche que l’autre creusant plus loin.
Au centre, la verticale révélée par ce qu’elle sépare est marquée par un contraste plus ou moins fort, ou troublée dans un effet de variation d’une teinte.
C’est au regard seul d’avancer dans ses constructions historiques, d’en tirer un enrichissement sensible, comme incité par moments à reconnaître ou au contraire à perdre les conditions du goût, de l’attente ou de l’humeur.
Ma curiosité porte ici sur les facultés d’un regard (-pensée) à se prendre en charge dans un contexte à la fois élémentaire et perçu comme immense.
Nous pouvons autant qu’il nous plaira déclencher des “photos d’écran” si un passage particulier touche soudainement, les chances étant astronomiques de ne plus jamais le revoir, et que personne ne le partage jamais.
Mais pour ma part, n’étant comme vous jamais deux fois de suite le même, je pense que les choses ne se fixent ni se partagent si simplement.
LL avril 2003 (modifié 2004)
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